J'ai récemment lu "une chambre à soi" de Virginia Woolf.
Excellent, comme tout ce que j'ai pu lire d'elle, même si sa manière de décrire le cheminement de la pensée est ici moins prégnante.
Le thème central de son livre est féministe.
Elle y (d?)énonce de manière claire pourquoi la production artistique féminine était, à son époque, très inférieure à celle des hommes, en quantité, et, par voie de conséquence (je résume et j'extrapole), en qualité.
Les choses ont bien changé aujourd'hui, même si certaines inégalités sont toujours flagrantes dans le monde occidental - souvent considéré comme le plus évolué en la matière, ce qui laisse supposer la misère que d'être une femme "ailleurs".
En occident donc, la pierre d'achoppement se manifeste encore très fortement concernant le droit au plaisir et à disposer de son corps et mener ses relations comme on l'entend - ou, plus précisément, comme nos hormones nous l'indiquent.
Par un curieux effet d'égalisation par le bas, les hommes sont de plus en plus sujets, eux aussi, à ces tristes restrictions.
En effet, si la fidélité de la femme était acquise (autant que faire se peut) depuis longtemps par la contrainte, celle de l'homme est beaucoup plus récente. Elle date plus ou moins du moment où les femmes ont commencé à acquérir du pouvoir dans la société, et à, de fait, être en mesure d'exiger plus d'égalité. La terrible influence religieuse monothéiste/monogame, alliée aux ravages des restes de l'amour courtois ont fait pencher la balance du mauvais côté; à savoir, la fidélité. Les générations suivantes en payent le prix, malgré d'évidents signes de dysfonctionnement (taux de divorce record, adultères en pagaille, couples momifiés; j'en passe et des meilleures).
Ces thèmes sont abordés de manière très moderne dans quelques articles d'
Ovidie. L'auteur ne sera pas inconnu des amateurs de films X, ou des habitués d'émissions racoleuses type Ardisson; chacun sa croix - la mienne est au format dvix; je ne possède pas de télévison. Pour le peu que j'ai pu en lire, cette fille m'a semblé être ce qu'a pu engendrer de meilleur le mouvement féministe (et donc unanimement rejetée par ses extrémistes moraux, bien évidemment). Il faudra que je lise ses bouquins.
Sur le même sujet, mais dans un autre genre, je recommande également le très mauvais "Bienheureuse infidélité", de
Paule Salomon. La moitié du bouquin consiste en des délires de psychotérapeute; c'est assez pénible. Par contre les situations présentées sont extrèmement intéressantes, démontrant pour une large part l'impossibilité pratique d'une fidélité épanouïe sur le long terme, tout en se gardant de présenter l'infidélité comme la panacée. Elle n'est en effet pas un mode de vie à portée de tout un chacun, entre autres raisons car étant pour l'instant encore très minoritaire - malgré de visibles progrès - et opposée à l'idéologie dominante, ce qui n'est pas simple à assumer et encore moins à accepter. Pire, un homme ayant plusieurs partenaires est un séducteur, alors qu'une femme dans le même cas est une salope; ce genre d'aberration tant injuste que statistique ne contribuant pas à créer des rapports harmonieux, et plus simplement des rapports tout court.
Pour ma part, je n'ai aucun doute sur le fait que l'infidélité devienne, sauf retour violent à l'"ordre moral" - type extrème-droite et/ou intégrisme religieux, par exemple - la prochaine norme. La plupart des gens qui se posent sérieusement la question, en la considérant sous un angle résolument pratique et surtout pas romantique ni religieux, aboutissent souvent aux mêmes conclusions : les miennes ;-)
Donc, soyons heureux (ou en tout cas, donnons-nous en les moyens) : soyons infidèles.